Nous sommes demain

Nous sommes demain

Qu’y a-t-il de plus difficle que d’écrire drôle ? J’aimerais participer au Prix international de la Nouvelle Humoristique francophone (www.libresplumes.fr/les-evenements/prix-de-la-nouvelle-humoristique-2016-2017/), et pour cela, j’ai bien besoin d’entraînement… Ci-dessous une tentative de dialogue absurde et, je l’espère, drôle. Lucien et Jean-François discutent à la manière de Beckett…

« Quel jour sommes-nous ?

Nous sommes demain. »

Jean-François soulève son calot et se gratte la tête.

« C’est un problème.

Et pourquoi donc ?

Parce que j’ai lu ce matin dans le journal qu’il allait pleuvoir demain. Et je n’ai pas mon parapluie. »

Il regarde le ciel, aucun nuage.

« Mon cher Lucien, tu peux me croire, il ne pleuvra pas, le journal s’est trompé.

– Les journaux se trompent toujours. D’ailleurs, je ne lis plus les journaux. »

Lucien sort un journal de sa poche et le déplie dans un claquement sec.

« Regarde, là (il pointe son doigt sur le milieu d’une page). Il est écrit : ‘les bretons ont des chapeaux ronds’ et deux pages plus loin (il tourne les pages rapidement et pointe son doigt sur un gros titre) : ‘les bonnets rouges de Brest’. Les bonnets ne sont pas des chapeaux ronds…

– Et bien oui, on dit souvent une chose et son contraire dans une même phrase.

– Il ne s’agit pas d’une même phrase. Je suis d’accord, la logique – car c’est bien de cela dont il s’agit – veut que l’on dise souvent une chose et son contraire dans une même phrase. Mais là, il ne s’agit pas d’une même phrase. »

Les deux hommes se taisent un instant. Jean-François regarde à nouveau le ciel.

« Il ne pleuvra pas, aujourd’hui.

– Non, il ne pleuvra pas. Alors il faut profiter de cette belle journée, et de ce merveilleux endroit. Car, quel merveilleux endroit, tu ne trouves pas ?

– Oui, merveilleux. »

Jean-François s’assoit sur le banc derrière lui, les lèvres pincées. Autour de lui, des champs en friches, une route abandonnée, et au loin, un hangar désaffecté dans lequel pousse un arbre qui perce à travers un toit en ruines.

« Nous irons donc au cinéma demain voir le dernier film de Woody Allen. Là, tout de suite, il faut profiter de cette belle journée.

– D’accord, nous irons demain. Aujourd’hui, donc, puisque nous sommes demain.

– Aujourd’hui, donc. »

Jean-François se lève et baisse les yeux sur ses pieds. Ses pieds sont nus.

« Je ne peux pas y aller.

– Et pourquoi donc tu ne peux pas y aller ?

– Tu vois bien, j’ai les pieds sales. Je ne peux pas y aller.

– Et bien quoi ! Va te laver les pieds tout de suite, et nous y allons !

– Je te dis que j’ai les pieds sales, je ne peux pas y aller.

– C’est un problème. »

Ils s’assoient tous les deux sur le banc et regardent l’horizon.

« Qu’y a-t-il d’autre de faux dans ton journal que tu ne lis pas ? »

el la plume

Laisser un commentaire