Noémie

Noémie

Depuis que j’ai rencontré Noémie, ma vie n’est plus du tout la même. Il m’arrive des choses tout à fait surprenantes.

L’autre soir, par exemple, je rentre chez moi comme d’habitude. Je passe la petite barrière en bois du jardin, qui fait tintinnabuler la clochette en se refermant, je remonte l’allée, je m’essuie les pieds sur le paillasson – un peu plus que d’ordinaire car il avait plu – j’ouvre la porte d’entrée, et voilà que je me retrouve nez à nez avec une toile gigantesque, un tableau tellement grand qu’il me barre totalement le passage. Dessus, une femme, de trois quarts, le menton haut, et atiffée, je vous raconte pas ! Une couronne sur la tête, un habit pourpre qui tombe dans un drapé, et des fanfreluches partout. Des perles, des diamants, des rubans, les cheveux en choucroute… On aurait dit, je ne sais pas, une archiduchesse !

Et voilà qu’en un rien de temps, la toile se tourne, je vois apparaître Noémie, et elle me demande :

« Tu reconnais ?
– Je reconnais quoi ?, je lui réponds.
– Et bien, la femme du tableau !
– Ah, parce que je la connais ? »

Je ne comprenais pas où elle voulait en venir, j’ai toujours été nul en histoire, je ne voyais pas pourquoi je l’aurais reconnue, et encore moins pourquoi je devais m’extasier.

« C’est moi, imbécile ! C’est moi ! J’ai fait faire un portrait de moi en reine de France ! C’est chouette, non ? »

Et ben ça alors, je peux vous dire que ça m’a coupé le sifflet. Égocentrique, ça oui, elle l’est ma Noémie, je le sais, d’ailleurs tout le monde le sait, ça se voit rien qu’à sa façon de lever ses bras dans tous les sens quand elle parle. Comme si autrement, on ne la voyait pas assez. Mais là, le coup du portrait de trois quart avec la couronne et tout l’bazar… Je la croyais pas capable de ça, tout de même.

J’ai rien répondu, elle était déjà repartie de toute façon, je la voyais déambuler dans la maison à la recherche du mur qui aurait l’honneur d’accueillir son divin portrait. Virevolte à gauche, virevolte à droite.

« Et ici ? Non, plutôt là ! »

À l’heure où je vous parle, elle ne s’est toujours pas décidée. Pourvu qu’il ne finisse pas dans le salon…

el la plume

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