L’intelligence du coeur

L’intelligence du coeur

Au chevet de sa mort, il repense à toutes ces choses qui sont restées en suspens dans sa vie. Sans rancoeur, sans désespoir, il songe simplement à ce qu’il aurait dû faire, ce qu’il aurait dû dire, ce pour quoi il est trop tard. Un « merci » qui n’a pu être prononcé, trop d’émotion et un peu de lâcheté ; un malaise de ne pas avoir compris ce qu’il y avait à comprendre, et ensuite c’est trop tard ; un regret d’avoir avalé des couleuvres sans s’opposer.

Le temps a passé, il n’y a plus à regretter. Les visages sont loin désormais, les souvenirs sont flous. Mais il reste une gêne. L’envie de partir en laissant l’ardoise vide. Que ces souvenirs inconfortables disparaissent pour de bon et ne hantent plus aucune génération. Mais comment s’expliquer quand l’autre n’est plus là ?  

Il parle à haute voix. Les mots s’enchaînent, il remonte le temps. C’est finalement sur le rivage de ses jeunes années qu’accostent ses paroles.

« Je voulais te dire que tu m’as déçu, blessé même. Je te croyais mon ami, et tu m’as trahi. Délaissé d’abord, et ça je pouvais le comprendre. La vie est ainsi faite que les chemins s’écartent, on emprunte des routes différentes, on a envie d’autres jeux, d’autres relations. Mais tu ne m’as pas seulement délaissé, tu m’as volé une partie de ce qu’était ma vie. Tu as occupé une place qui m’était réservée. Que je n’ai pas su protéger, certes, mais tu aurais dû m’en parler. Je sais qu’on ne peut contrôler les sentiments, mais elle m’était promise, à moi. Aujourd’hui le temps a passé et tout me semble loin. Mais je ne comprends toujours pas. Longtemps je n’ai su qui de toi ou de moi n’a pas été à la hauteur, je crois aujourd’hui que tu aurais dû me demander pardon. Je vais oublier et tourner la page. Cette histoire restera entre toi et moi pour toujours. Je pars serein, mon amertume s’envole de n’avoir pas trouvé chez toi, comme je le pensais autrefois, l’intelligence du coeur. »

el la plume

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