L’homme de la ligne 13

L’homme de la ligne 13

Dans le métro, ligne 13, un samedi après-midi. L’homme qui s’assoit face à moi charrie avec lui une forte odeur de cigarette froide. Il porte une casquette à carreaux, en laine, un camaïeu de kakis. Je baisse les yeux. On quitte Plaisance. Son téléphone sonne, il décroche. Il plaque sa main contre sa bouche. J’entends quand même ce qu’il raconte. Un rendez-vous. Raté. À venir. Je ne le regarde pas, mais je devine ses gestes. Il range son téléphone. Il y a de l’anxiété dans sa posture, une raideur. Il croise ses bras sur son ventre. On passe Montparnasse. Il a, posé sur le siège à côté de lui, un gros sac de toile, kaki aussi. Il ôte ses lunettes et les range dans la poche intérieure de sa veste. On passe les Invalides. Ses jambes commencent à s’agiter. Je lève la tête une seconde, croise son regard préoccupé, je détourne le mien et le jette derrière la vitre. Des lumières blanches flashent le tunnel du métro à intervalles réguliers. Champs-Elysées. Les flashs, le sac, l’air préoccupé. Miromesnil. Les flashs, le sac, les jambes qui s’agitent. Saint-Lazare. On s’arrête. Le sac, les jambes, une pause. La sonnerie des portes retentit. L’homme se lève d’un bond, sort de la rame. Il est sur le quai. Les portes de referment. Il a laissé son sac sur le siège, face à moi. Je dois descendre à la prochaine. Je ne sais pas quoi faire.

el la plume

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