Les carnets

Les carnets

Je ne suis pas du « genre collectionneur ». Je ramasse mais n’amasse pas. Les choses passent chez moi comme on visite une île. Temporairement. Il y a néanmoins une exception à la règle, et elle se trouve dans le large tiroir de mon bureau de bois. Un tiroir profond, sans compartiment, dans lequel s’amoncellent mes objets de papeterie. J’adore les objets de papeterie.

On y trouve des feuilles évidemment, blanches, ivoire, roses pâles, bleu pastel, lisses, texturées, de papier mûrier ou recyclé. On y trouve des feutres à pointe ronde et à pointe biseautée, et une gomme à deux embouts : un bleu, râpeux, et un rouge, plus doux ; une trousse de cuir noir dans laquelle je range mes crayons de couleur. Le plus petit d’entre eux, c’est le jaune. On y trouve aussi des crayons de papier que je taille régulièrement, même s’ils n’en ont pas besoin. J’aime sentir se raviver leur odeur de bois frais. En général, je laisse les copeaux au fond du tiroir.

Il y a des enveloppes aussi, blanches, kraft, carrées, à l’italienne, des post-it rose fluo, des marques-pages, des trombones dans une boîte, et une fiole d’encre Waterman. Ah, l’odeur de l’encre… J’aime cette odeur, et faire des tâches, nettes, sur des feuilles de papier blanc.

Tous ces objets sont des amis précieux et silencieux. Mais ce qui a le plus de valeur, dans mon tiroir à papeterie, ce sont mes carnets…

Carnets de voyages, carnets de notes, carnets de listes, carnets à dessins, carnets de collages, de pensées, des décisions que je ne prendrai jamais, des rêves à réaliser ou à garder tels quels, carnets de santé, carnets de croquis, carnets vierges encore à explorer, carnets de routes, carnets de larmes, carnets d’amour, d’enfance, d’adolescence, carnets coups de gueule, carnets d’essais, carnets d’erreurs, carnets de couleurs, de souvenirs, des films vus, des émissions ratées ou écoutées, carnets des soirées entre amis, carnets des mots doux à soi, des mots doux à d’autres, carnets de projets, carnets sérieux, carnets loufoques, baroques, enluminés, spiralés, encollés, reliés, grands formats, petits formats, lignés, quadrillés, gondolés, décorés, parfumés, trimballés puis rangés.

Bien sûr, ils ne sont plus tous là, mon tiroir n’est pas si profond. Certains se sont perdus, certains ont été offerts, d’autres sont sagement alignés dans la bibliothèque, au même titre que les plus beaux romans du siècle. Quand la mélancolie est là, je fais glisser ma main contre leurs couvertures, et je sens sous mes doigts l’histoire qu’ils me racontent. Les émotions ressurgissent, leur rugosité ou leur douceur, leur netteté ou leur opacité me reviennent tout à coup et je m’ancre de nouveau dans la réalité. Je n’ai pas de préféré. Chacun d’entre eux a été un guide, ou le sera bientôt.

Il y a tant de pages à noircir encore…

el la plume

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