Au salon

Au salon

Un jeune homme, brun, la vingtaine, accompagne sa mère au salon de coiffure du centre-ville. Il a mis du gel dans ses cheveux. C’est pour elle qu’ils viennent. Elle a décidé, quatre mois plus tôt, d’arrêter de se colorer les cheveux. Elle veut les couper courts pour qu’ils ne soient plus que poivre et sel, sa couleur naturelle.

La coiffeuse prend son sac, lui tend une blouse blanche légère et l’aide à y passer les bras, l’installe au shampoing puis à la coupe. Elle replace le col de la blouse et sort ses ciseaux de sa trousse, posée sur la desserte roulante à côté d’elle. Le jeune homme saisit la main de sa mère et la regarde dans la glace en un sourire pincé.

En moins de quinze minutes c’est terminé, le miroir à main se balade de gauche à droite dans le cou de la mère qui dodeline de la tête. Mais le résultat ne plaît pas à son fils. C’est trop masculin, trop court, trop gris. Jusque-là il n’a rien osé dire, il fallait attendre de voir le résultat. Pour lui c’est sans appel, il ne veut pas traverser la ville avec sa mère « comme ça » à son bras.

« Refaites une couleur, au moins, vous n’allez pas la laisser repartir sans rien faire ! »

Mais la mère ne veut pas. Les couleurs, l’artifice, elle en a assez. Sa nouvelle tête ne lui déplaît pas tant que ça, à elle. Le fils se lève, il a le visage rougi, il menace de ne plus jamais revenir dans ce salon, « alors que cela fait des années que nous vous faisons confiance ! » Il veut partir sans régler, sa mère ne parvient pas à le tempérer.

« Scandale au salon de coiffure », pensent les habitués en plongeant leur nez dans leurs magazines people.

Les deux clients sortent et le calme revient, les langues des coiffeuses se délient.

« Elle n’est pas si mal, comme ça, madame Bertier. C’est sûr que ça change, mais elle n’est pas si mal…
– Elle voulait court, elle voulait court !
– Et puis lui aussi, il était d’accord.
– On n’allait pas refaire une couleur par-dessus ça, c’est dommage, on repart de zéro avec une nouvelle couleur !
– Et puis ça n’aurait pas changé la coupe…
– Je vais vous dire, moi, je le connais le fils Bertier, je l’ai souvent coupé. Et bien, il est très près de ses cheveux. »

el la plume

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